Face aux évolutions du monde du travail, les attentes vis-à-vis de l'entreprise se transforment profondément. Le dernier baromètre "L'entreprise de demain", réalisé en février 2026 par OpinionWay pour la CG Scop, révèle que parmi les salariés de 18 à 29 ans, les trois priorités sont sans appel : la qualité de vie au travail (37 %), la réduction des écarts de salaires (37 %) et les évolutions de carrière (28 %), à égalité avec la transparence sur les décisions et les résultats de l'entreprise (28 %, contre 23 % en moyenne). Dans ce contexte, il n'est guère surprenant que 76 % des salariés interrogés jugent les Sociétés Coopératives et Participatives (Scop) attractives pour les jeunes, et 71 % pour les dirigeants.
En Occitanie Pyrénées, l'engouement est croissant. De jeunes entrepreneurs portent ce modèle avec conviction et n'hésitent pas à en partager les atouts avec leur génération.
Nathalie Perrot, dirigeante de l'agence d'architecture Enzo & Rosso et Présidente de l'Union Régionale des Scop Occitanie Pyrénées précise :
Les Scop offrent un cadre où chacun peut contribuer, décider et s'épanouir au sein d'une entreprise dotée d'une véritable utilité sociale. Dans un contexte où le travail ne garantit plus l'ascension économique qu'il permettait autrefois, la quête de sens devient centrale pour les jeunes entrepreneurs. Les Scop y répondent pleinement précise Nathalie Perrot, dirigeante de l'agence d'architecture Enzo & Rosso et Présidente de l'Union Régionale des Scop Occitanie Pyrénées.
ECOZIMUT : un modèle coopératif qui se transmet et s’enracine
Elian Latour et Laurent Chauveau ne s'imaginaient pas créer leur entreprise dès leur sortie de l’école d'ingénierie. L'opportunité s'est pourtant présentée plus tôt que prévu : accompagnés de deux associés plus expérimentés, ils transforment une société existante en Scop (Scop Ecozimut) en 2013 et en deviennent dirigeants - associés, à 24 ans chacun.
Le modèle de la Scop leur permettait d’intégrer les valeurs sociales et humaines auxquelles ils tenaient dans le fonctionnement de la structure.
Elian Latour précise : « Avant de choisir le statut de notre entreprise, on s’est posé la question de ce qui nous correspondrait, la forme idéale, à la fois sur le métier et sur la manière de l’exercer. La Scop avait tous les atouts, notamment sur la prise de décision commune des personnes qui travaillent dans l’entreprise, la transparence et la pérennité. Et à l'époque, beaucoup de bureaux d'études se faisaient racheter par des fonds de pension ou de grands groupes. Le statut Scop - qui ne peut être cédée qu'à une autre Scop - nous permettait de protéger notre indépendance sur le long terme. »
Aujourd’hui, le bureau d’études spécialisé dans la performance énergétique et environnementale des bâtiments compte 19 collaborateurs, dont 13 salariés-associés, plus de 50 % de femmes et une moyenne d’âge de 35 ans.
Les gérants-associés changent tous les trois ans, ils sont désormais 4 à assurer la direction : Laurent Chauveau, Jeanne Cubizolles, Elsa Loumagne et Jérémie Alquier.
Le modèle Scop plaît aux jeunes qui les rejoignent. Si certains ne connaissent pas bien le statut lorsqu’ils arrivent chez Ecozimut, d’autres viennent par choix d’intégrer une structure coopérative dans leur secteur.
On s’engage tous et on reste motivés dans le projet commun !
Les associés partagent une vision à long terme et la sécurité d’une entreprise dans laquelle les réserves sont réinvesties chaque année pour la société. Le soutien et l’accompagnement de l’Union Régionale des Scop Occitanie Pyrénées (URSCOP) sont également cités comme un atout structurant dans leur développement.
Polpoz : entreprendre à plusieurs, sans compromis sur les valeurs

Polpoz est une agence coopérative spécialisée dans la performance digitale (référencement, stratégie réseaux sociaux, community management, publicité en ligne et formation). Née de la fusion des agences Silgoweb (créée en 2014) et 636 (créée en 2016), elle se structure collectivement à partir de 2020 et adopte le modèle coopératif en 2022 autour de quatre associés : Ugo De Luca, Laëtitia Ruault-Durand, Jean Ciapa et Virginie Delrieu. Estelle Laville a rejoint l’équipe depuis en alternance.
Pour ces jeunes entrepreneurs, la crise du Covid a été un vrai révélateur : « elle nous a fait prendre conscience que le modèle classique d’entreprise, avec d’un côté les associés et de l’autre les salariés, ne correspondait plus à ce que nous voulions construire. Nous avions déjà une culture forte du collectif, du partage et de l’esprit d’équipe, mais le cadre juridique donnait malgré tout l’impression de deux groupes distincts. Nous voulions un modèle plus cohérent avec cette vision, où chacun se sent pleinement impliqué, responsable et acteur du projet. » commente Laëtitia Ruault-Durand, Présidente associée de Polpoz.
Le choix de la Scop est ainsi devenu évident et correspondait parfaitement à l’agence que les associés souhaitaient voir évoluer. Cette transformation a aussi été un moment de choix pour les équipes déjà présentes dans les anciennes structures, avec des adhésions au projet partagés par certains, mais pas par tous. « C’était important pour nous que chacun puisse décider librement. Pour nous, la Scop incarne cette idée simple : une entreprise où nous sommes tous dans le même bateau, avec une direction commune, et où la réussite est réellement partagée. »
Nommée Présidente associée de la Scop, Laëtitia a dû apprendre l’univers entrepreneurial et coopératif en même temps : « Le fait de devenir associée dans une agence était déjà une nouveauté importante pour moi ; le faire ensuite dans le cadre d’une Scop l’était encore davantage. »
La Scop, c'est une vraie dimension entrepreneuriale : on prend des décisions, on porte un projet, on assume collectivement les responsabilités. Et il y a des avantages très concrets pour la personne qui prend la gérance ou la présidence : le statut d'assimilé salarié, les mêmes droits à la formation et au chômage qu'un salarié classique, et surtout, on ressent beaucoup moins cette solitude du dirigeant, parce que le projet est porté à plusieurs.
Laëtitia précise que le modèle Scop implique de la transparence, de la pédagogie et une vraie culture du collectif. Il permet de créer une entreprise avec du sens, où la réussite économique va de pair avec l’implication des équipes et le partage de la valeur.
SCOP&CO : l'ingénierie qui reste

Créée en 2022 à Labège par des jeunes trentenaires, SCOP&CO est une coopérative toulousaine de conseil en ingénierie multi-spécialiste, intervenant auprès d'industriels, d'acteurs publics et d'entreprises technologiques. Elle regroupe aujourd'hui huit salariés - associés et une vingtaine de consultants.
« Après plusieurs années d’expérience salariée dans l’ingénierie et le conseil, nous voulions créer une entreprise qui appartienne réellement à celles et ceux qui la font vivre » témoigne Lucas Cambra, co-gérant de SCOP&CO, « nous cherchions un cadre plus collectif, plus transparent et plus durable, où les décisions sont partagées et la valeur équitablement répartie. La Scop nous est apparue comme le modèle le plus cohérent pour porter ce projet. »
Le modèle coopératif structure concrètement la gouvernance de l'agence : chaque salarié-associé dispose d'une voix, quel que soit son apport en capital. Pour les collaborateurs, cela crée un engagement dans la durée. Pour les clients, cela se traduit par des équipes plus stables, plus impliquées et une relation renforcée sur le long terme.
La Scop permet de construire une entreprise performante et robuste, sans renoncer à ses valeurs. C'est un modèle exigeant qui demande transparence, pédagogie et partage du pouvoir. Mais il offre une solidité que l'on ne retrouve pas toujours dans les modèles classiques.